Du cheval au furet, apprendre à lire ce que nos animaux expriment
Le parler-bébé retient l’attention du cheval, la poule varie ses cris selon la menace et le cochon aiguise ses sons sous le stress : les signaux à repérer.
En bref
- Un dossier publié le 10 octobre 2026 par Ça m’intéresse répond à sept questions sur le langage animal et rassemble des observations sur le cheval, la poule, le cochon, le furet ou encore le perroquet.
- Il y voit une manière de « se rapprocher de son propriétaire », comme le ferait un compagnon.
- On en attend, à terme, une meilleure détection du stress ou de la douleur, ainsi que des interfaces vocales capables de rassurer l’animal.
Comprendre un animal commence par bien choisir sa façon de lui parler, puis par apprendre à lire ce qu’il exprime en retour. Un dossier publié le 10 octobre 2026 par Ça m’intéresse répond à sept questions sur le langage animal et rassemble des observations sur le cheval, la poule, le cochon, le furet ou encore le perroquet. Voici ce que ces travaux apprennent à celles et ceux qui vivent avec un animal ou qui en élèvent.
Le parler-bébé retient l’attention
Spontanément, on s’adresse à son animal comme à un nourrisson : débit lent, phrases simples, intonations marquées, voyelles étirées. Les chercheurs nomment ce registre « pet-directed speech », soit un discours dirigé vers l’animal. Chez le cheval comme chez le chien, des travaux établissent qu’il retient mieux leur attention et accroît leur envie d’apprendre.
L’éthologue Léa Lansade a publié Dans la tête d’un cheval chez Humensciences et y rapporte une expérience instructive. Des chevaux devaient trouver une source de nourriture que l’on désignait, tantôt en leur parlant bébé, tantôt d’une voix neutre. Seuls ceux qui avaient entendu le parler-bébé ont pris la direction indiquée. Elle juge donc « probable que les chevaux comprennent davantage » ce que sont nos « intentions positives » lorsque la voix prend ce ton.
Ce que le cheval lit chez nous, et ce que nous lisons mal chez lui
On ignore si le cheval retient des mots, mais il perçoit bien la voix humaine, et il capte bien plus que les mots. Pour décoder son interlocuteur, il tient compte de l’intonation, du rythme, de la posture, des gestes et des émotions. Plusieurs travaux montrent qu’il relie une voix en colère à un visage fâché et qu’il reconnaît la joie, mais aussi la tristesse ou la peur. Son cœur en témoigne : le rythme cardiaque ralentit quand la personne parle avec entrain, il s’accélère devant quelqu’un de furieux.
L’inverse n’est pas vrai. Notre aptitude à comprendre le cheval reste très limitée, alors qu’il envoie de nombreux messages : position des oreilles, distance qu’il garde avec nous et, surtout, mouvements variés des lèvres.
Le perroquet associe des sons à des objets
Certains oiseaux reproduisent des sons très proches de la parole humaine, ce qui ne prouve pas qu’ils se servent du langage comme nous. David Bertrand, qui a signé Nos préjugés envers les animaux chez le même éditeur, rappelle que la recherche a surtout établi leur capacité d’associer un mot à un objet, à une forme, à une couleur et même à une quantité. Preuve en est un perroquet à qui l’on a montré un lot de cinq clés dont quatre rouges et une bleue : il a réussi à énoncer le nombre de clés rouges.

Selon le même auteur, l’oiseau produit ces sons afin d’attirer l’attention ou de prendre part à un échange, ce qui rend une interaction possible. Il y voit une manière de « se rapprocher de son propriétaire », comme le ferait un compagnon.
Comment les espèces se parlent entre elles
Les animaux n’emploient pas de mots, mais ils échangent des signaux qui remplissent un rôle voisin. Chez les primates, certains cris d’alarme désignent des menaces précises. Chaque dauphin possède un sifflement « signature », assimilable à un nom sonore, que ses congénères mémorisent et reconnaissent à distance. Le chien, lui, se fait comprendre en associant postures, vocalisations et signaux olfactifs.
Une étude française a porté sur 98 espèces. Presque toutes s’exprimeraient sur le même tempo, à raison de deux à trois événements acoustiques par seconde, qu’il s’agisse de mammifères, d’oiseaux, d’insectes, de poissons ou de reptiles. Cette cadence commune traduirait le mode de traitement des sons par le cerveau. Théophane Piette, de l’université de Genève et premier auteur de l’étude, y voit une possible « synchronisation universelle » qui faciliterait les échanges entre espèces.
Poule, cochon, vache, furet : les signaux à repérer
La poule et le cochon recourent à des vocalisations qui dépendent du contexte. La poule dispose d’une vingtaine de signaux sonores différents, choisis selon la situation sociale ou la nature du danger repéré. Chez le cochon, on entend tour à tour grognements, cris, couinements et sortes d’aboiements. Des sons brefs, plus aboyés, accompagnent les moments agréables comme le jeu ou le repas, alors que les sons plus aigus et traînants signalent un stress ou une douleur.
| Animal | Situation | Signal observable |
|---|---|---|
| Poule | Danger ou vie sociale | Une vingtaine de signaux sonores selon la menace ou le contexte |
| Poule | Inquiétude | Posture plus basse, déplacements différents, cris d’alerte répétés |
| Cochon | Jeu ou repas | Sons courts, proches de l’aboiement |
| Cochon | Stress ou douleur | Sons plus aigus et traînants |
| Vache, mouton | Stress | Sortie du troupeau, mouvements brusques, fuite ou approche refusée |
| Furet | Stress | Corps recroquevillé, silence ou fuite, alors qu’il joue et court d’habitude |
Un animal stressé communique plus difficilement et comprend moins bien l’humain. Vitor Ferreira, de l’Inrae et de l’université de Tours, observe que certaines races s’intéressent davantage à l’humain et peuvent être « apaisées en sa présence ». Le blog a déjà consacré un article complet au sujet : le stress chez l’animal de compagnie.
Des règles pour se faire comprendre
Parmi les règles de communication que propose le dossier, on retient quatre principes : recourir à des signaux simples et constants, relier chaque signal à une même conséquence, s’assurer que l’animal a bien saisi, sans présumer qu’il a compris, et prendre en compte son stress, sa douleur éventuelle et le contexte.
Les algorithmes à l’écoute des animaux
Le projet Earth Species étudie la façon dont plusieurs espèces communiquent, par la voix comme par le comportement. Ses algorithmes détectent les événements rares ainsi que les motifs récurrents, afin de comprendre dans quel contexte ils surviennent. D’autres programmes, consacrés aux chiens, aux chats et aux chevaux, croisent des données sonores, des postures filmées et des mesures de capteurs physiologiques pour approcher l’état interne de l’animal. On en attend, à terme, une meilleure détection du stress ou de la douleur, ainsi que des interfaces vocales capables de rassurer l’animal.
Photo : klimkin / Pixabay
