Au Mozambique, des éléphantes naissent sans ivoire après une guerre et le braconnage
Au Mozambique, la proportion de femelles sans ivoire a bondi en quelques décennies : un cas d’évolution rapide que Sciencepost raconte, avec ses zones d’ombre.
En bref
- Le parc de Gorongosa, au Mozambique, a perdu plus de 90 % de ses éléphants pendant la guerre civile.
- La part de femelles sans défenses est passée de 18,5 % à 50,9 %.
- Aucun mâle sans défenses n’a été observé dans cette population.
- D’autres espèces ont évolué vite sous la pression humaine.
Au Mozambique, dans le parc national de Gorongosa, les naissances d’éléphantes dépourvues de défenses se multiplient, et l’origine du phénomène se trouve dans le conflit civil. D’après Sciencepost, dans un article de Brice L. daté du 21 octobre 2026, ce cas illustre une évolution qui s’est jouée en quelques années, là où l’on imagine d’ordinaire des millions d’années.
Une guerre, de l’ivoire et un parc décimé
De 1977 à 1992, une guerre civile a ravagé le Mozambique. Près d’un million de personnes y ont perdu la vie, et la biodiversité de la région a fortement reculé. Le parc de Gorongosa, jadis riche en animaux sauvages, a subi des pertes dramatiques, surtout parmi les éléphants.
On en connaît la raison : les éléphants étaient abattus pour leur ivoire, revendu au marché noir afin de financer les camps armés. En conséquence, les effectifs du parc ont plongé de plus de 90 % durant cette période.
Avant et après le conflit : un basculement chez les femelles
Une étude publiée en 2021 a révélé que la fréquence des éléphantes nées sans défenses avait considérablement augmenté.
| Période | Situation des éléphants de Gorongosa |
|---|---|
| Avant la guerre | Une minorité de femelles sans ivoire |
| 1977 à 1992 | Ivoire braconné, effectifs en baisse de plus de 90 % |
| Après le conflit | Plus d’une femelle sur deux sans ivoire |
L’explication relève de la sélection naturelle. Sans ivoire, les éléphantes n’intéressaient pas les braconniers : elles vivaient plus longtemps, se reproduisaient et transmettaient leurs gènes à leurs descendantes. Leur proportion a donc augmenté rapidement au sein du groupe.

Pas de mâles sans défenses, et une hypothèse génétique
Un détail intrigue : on n’a jamais observé à Gorongosa de mâle sans défenses, et les mécanismes en jeu restent flous pour le moment. L’article avance une piste, qui demeure une hypothèse. Le gène AMELX, impliqué dans la formation des défenses, pourrait être en cause.
Chez les mâles, ce gène correspond à un caractère létal dominant porté par le chromosome X. Les fœtus mâles qui portent la mutation survivent donc rarement jusqu’à la naissance, puisque, à la différence des femelles, ils n’ont pas de deuxième chromosome X capable d’en atténuer les effets.
Ce que ce cas dit de la sélection naturelle
Charles Darwin a décrit la sélection naturelle pour la première fois, au dix-neuvième siècle. Ce mécanisme repose sur des différences entre individus, transmises à la descendance : un trait favorable à la survie finit par se répandre. L’évolution est en général lente, mais dans des circonstances exceptionnelles, ses effets peuvent se montrer en quelques années, comme à Gorongosa.
L’article rappelle que d’autres évolutions rapides sont liées à l’activité humaine :
- des papillons de nuit plus sombres en milieu urbain, un phénomène appelé mélanisme industriel ;
- des poissons capables de résister aux substances toxiques présentes dans des eaux contaminées ;
- des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques.
D’après Sciencepost, les guerres, le braconnage et la destruction des habitats exercent sur la faune une contrainte sélective susceptible de provoquer des transformations rapides. Parmi les défis des animaux sur la planète, le cas de ces éléphantes offre un exemple concret.
Photo : Carlos / Pexels
