Onze ans avant Yellowstone, des peintres font protéger une partie de Fontainebleau

Une lettre à Morny, 624 hectares épargnés dès 1853, puis un décret impérial : le parcours de la réserve artistique, onze ans avant Yellowstone.

Julie Ménager Par Julie Ménager
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Onze ans avant Yellowstone, des peintres font protéger une partie de Fontainebleau
Un sentier traverse une forêt de chênes et de bouleaux : une scène boisée qui illustre le thème des peintres qui font protéger une partie de Fontainebleau.

En bref

  • Un décret impérial du 13 août 1861 officialise une réserve artistique de plus de 1 000 hectares dans la forêt de Fontainebleau.
  • Yellowstone naît en 1872, soit onze ans plus tard.
  • Les surfaces et la date du décret varient selon les sources.
  • La réserve de la Tillaie se situe dans le périmètre des anciennes séries artistiques.

Des peintres ont obtenu la mise à l’abri d’une partie de la forêt de Fontainebleau avant que le monde ne connaisse Yellowstone. Selon Sciencepost, c’est un décret impérial du 13 août 1861 qui a donné une existence officielle à cette « réserve artistique », ouverte dès 1853 avec 624 hectares.

Des peintres aux portes de la forêt

Installé dès 1833 à Chailly-en-Bière, à la lisière du massif, Théodore Rousseau, figure de proue de l’école de Barbizon, fréquente ces lieux depuis longtemps. Dès 1839, le Salon exposait déjà 23 toiles nées de cette forêt.

Une lettre de 1852, signée de Rousseau et de Sensier, est adressée à Morny, alors ministre de l’Intérieur, afin de signaler les ravages subis par la forêt. Le massif s’étend sur quelque 20 000 hectares, soit à peu près le double de Paris intra-muros. Les reproches sont concrets : on abat en masse des chênes et des hêtres, tandis que l’on introduit des pins sylvestres destinés à l’industrie, au chemin de fer et aux mines. Pour des paysagistes, les arbres remarquables, les rochers et les mares constituent la matière même des toiles.

De la tolérance au décret

La pétition porte ses fruits. Selon l’Office national des forêts, la décision de 1861 répond aux demandes des peintres, qui souhaitaient que leurs sujets soient préservés. Voici les grandes étapes de cette protection :

  • 1853 : 624 hectares sont soustraits aux coupes prévues par les règlements, dans un premier temps sans acte officiel. D’après les archives de Seine-et-Marne, il s’agit d’une première réserve artistique née de la pression exercée par les peintres.
  • 1861 : le décret impérial change l’échelle et donne une base officielle au dispositif.
  • 1872 : création du parc de Yellowstone, onze ans après le décret.
  • Avril 1876 : le sénateur Foucher de Careil présente un projet de loi destiné à clarifier et à étendre la section artistique. Il admet alors que l’idée même d’une protection avait été acceptée dès 1861, mais rien de plus que l’idée.
  • Entre 1892 et 1904 : l’espace protégé passe à 1 693 hectares d’après Wikipédia ; selon d’autres références, le décret de 1892 mentionne 1 616 hectares.
624 haépargnés dès 1853
+ de 1 000 haprotégés par le décret de 1861
environ 5 %de la superficie du massif

« au plaisir exclusif du promeneur et de l’artiste »

Formule du texte de 1861, d’après napoleon.org

À partir de 1870, le danger prend une autre forme : pour régler l’indemnité de 5 milliards de francs-or, Thiers est disposé à céder les plus beaux arbres.

Pourquoi les chiffres ne concordent pas

Les sources divergent sur la surface et sur la date du décret, ce qui explique l’expression prudente « plus de 1 000 hectares ».

Point Source Valeur retenue
Surface Wikipédia 1 094 hectares
Surface napoleon.org 1 097 hectares
Section artistique Larousse 1 500 hectares
Date du décret Hérodote, Larousse 13 août 1861
Date du décret Wikipédia en anglais avril 1861

Quant à la chronologie, le Larousse tranche sans ambiguïté : Yellowstone, fondé en 1872, arrive plus tard.

Un paysage protégé, pas une nature vierge

Rien de sauvage ni d’intact à Fontainebleau. D’après les archives de Seine-et-Marne, l’espace a été très fortement façonné par l’homme et reçoit chaque année des millions de promeneurs. En 1861, on préserve avant tout un paysage tel que le perçoivent des peintres. On parle souvent de « première réserve naturelle du monde », mais son principal atout est d’avoir précédé le parc américain.

L’essor touristique doit beaucoup à Claude-François Denecourt, ancien soldat de Napoléon. Entre 1832 et 1875, il a balisé 150 kilomètres de sentiers bleus, et dès 1851 il a entrepris le Fort de l’Empereur, un belvédère établi sur le rocher Cassepot. En 1855, un recueil collectif réunit 42 écrivains, parmi lesquels Victor Hugo et George Sand, pour le saluer. Pourtant, lui attribuer le mérite du décret serait une erreur.

Le périmètre de 1861 reste visible aujourd’hui. Parmi les sept réserves biologiques intégrales de la forêt domaniale, celle de la Tillaie occupe l’emplacement d’anciennes séries artistiques. Pour l’ONF, elle prolonge les tout premiers espaces naturels protégés de la planète. Dans le plan d’aménagement de 1903, les parcelles 269, 270, 271 et 278 étaient déjà parcourues par les sentiers Denecourt.

Photo : Jan van der Wolf / Pexels

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